FlightChain, l’expérimentation d’une blockchain privée au service du transport aérien

Il ne s’agit que d’un test et même s’il fut concluant, de nombreux enjeux liés à l’utilisation d’une blockchain dans le transport aérien ont été identifiés par la Société internationale de télécommunication aéronautique (SITA). Leader mondial de la gestion des systèmes informatiques liés au transport aérien (passagers, bagages, suivi du trafic, maintenance, frontières) la SITA a récemment publié le livre blanc de son retour d’expérience de l’utilisation d’une blockchain menée depuis 2017.

Menée par la SITA Labs et réunissant la compagnie aérienne British Airways, l’aéroport d’Heathrow à Londres, puis ceux de Genève et de Miami, l’objectif de cette expérimentation d’une blockchain privée était de résoudre les multiplies problèmes de synchronisation de données auxquels sont confrontés tous les acteurs du transport aérien.

« Nous essayons de résoudre le problème d’information des vol, à propos desquels tout le monde a des informations différentes. Quand un passager arrive dans un aéroport, son application dit une chose, l’affichage dans l’aéroport en dit une autre, puis l’équipage au sol dit autre chose. Ensuite, les agents au sol ont souvent des informations qui, elles aussi, sont différentes » explique Kevin O’Sullivan, ingénieur en chef chez SITA Labs.

La raison principale de ce cafouillage informationnel ? Chacun dispose de sa propre copie de données provenant de bases éparses incapables de se synchroniser en temps réel. L’expérimentation FlightChain mené par la SITA a consisté à ce que chaque « propriétaire de données » publient ses informations dans une blockchain privée à travers des smarts contracts (contrats intelligents) : l’aéroport de départ, celui d’arrivée, les opérateurs des carrousels à bagage, la compagnie aérienne, le personnel au sol. Toutes les données sont inscrites dans une blockchain, dont la consultation par chacun revient à travailler sur les mêmes informations. L’intérêt d’utiliser un registre distribué de type blockchain est d’éviter que chacun s’appuie sur des données éparpillées en fournissant aux différentes parties « une version unique et incontestable de la réalité sur l’état des vols« .

Concrètement, FlightChain réunit :

  • Une blockchain privée
  • Un contrat intelligent fonctionnant sur la blockchain pour fusionner les données de vol
  • Les données opérationnelles de vol, en temps réel, provenant de plusieurs compagnies aériennes et des aéroports.

Le projet devait s’appuyer sur un type de blockchain permettant à la fois l’exécution de smart contract et la mise en place d’une blockchain privée. Flightchain a donc été mis en œuvre à la fois sur Ethereum et sur Hyperledger Fabric, afin de pouvoir comparer les avantages et inconvénients de chacune.

SITA Labs s’est attaché à répondre à un certains nombre de questions, notamment celles liées à la manière de conserver des données privées et d’en rendre d’autres publiques ou sur le choix de déployer une seule blockchain nourrit par chacun des acteurs, ou une blockchain par acteur.

Parmi les leçons tirées de cette expérimentation, SITA Labs prévient d’abord que ce n’est pas parce que l’on utilise une blockchain distribuée et décentralisée que tout s’auto-gère. Au contraire, « il est important de choisir un modèle / une organisation de gouvernance qui ne compromet pas l’intégrité de la blockchain« . De plus, les technologies en elles-mêmes sont encore peu matures et peuvent être complexes à gérer et déployer. Les smarts contracts, les programmes permettant la mise à jour des données dans une blockchain, peuvent être « compliqués à définir, à mettre à jour, à redéployer et à synchroniser de nouveau avec tous les participants« .

Mais rien de ceci ne freine l’enthousiasme de Barbara Dalibard, directrice générale de la SITA, « le potentiel de cette technologie pourrait aller jusqu’à aider le traçage de bagages retardés ou perdus, entraînant à ce jour une perte annuelle de plus de 2 milliards de francs (suisses, soit 1,7 milliards d’euros) pour les compagnies aériennes. La blockchain pourrait être aussi déployée à l’avenir pour tenir un registre des drones ».

A n’en pas douter, cette première expérimentation dans des conditions réelles est un tout petit pas avant un éventuel déploiement à plus grande échelle, et une généralisation future des blockchains dans l’industrie des transports aériens.

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