Les banques centrales vont-elles bientôt émettre des crypto-actifs ?

Jesse Lund, responsable des solutions blockchain pour les services financiers chez IBM, a récemment déclaré sur un forum Reddit, lors d’une session de questions informelles, que la firme allait prochainement lancer solution de Central bank digital currency (CBDC) s’appuyant sur le réseau Stellar et la blockchain du même nom.

Une Central bank digital currency (CBDC), une monnaie électronique de banque centrale, également appelée « Digital Fiat Currency » ou « monnaie de base numérique » est la forme numérique de la monnaie fiduciaire, (la monnaie comprenant les pièces et les billets de banque), établie par la loi ou par la réglementation gouvernementale. (Source).

Elle se distingue d’un crypto-actif provenant d’une blockchain publique comme le bitcoin ou l’ether puisqu’elle est adossée à une banque centrale et donc émise par l’instance même dont le bitcoin propose de se passer.

La solution proposée par IBM s’appuie donc sur le réseau Stellar, dont nous avons longuement parlé ici, et qui permet d’échanger de l’argent d’un pays à l’autre en quelques secondes et pour un coût modique, un « atout pour soutenir le change et le règlement en temps réel » selon Jesse Lund.

La solution permettra aux banques commerciales d’effectuer des paiements transfrontaliers. Elle permettra également à la banque centrale cliente d’émettre des actifs numériques, présentés comme « une alternative et un complément à Lumens », le crypto-actif de Stellar. Si le réseau Stellar est public, ce réseau destiné aux banques centrales est construit « au-dessus » et sera donc privé.

Selon Michael Bordo et Andrew Levin, tous les deux professeurs d’économie, les bénéfices à ce que les banques centrales mettent en place une CBDC sont nombreux :

  • Sécurité des systèmes de paiement : un instrument de paiement numérique interopérable sécurisé et standard, délivré et géré par une banque centrale et utilisé comme instrument de paiement numérique national, renforce la confiance dans les systèmes monétaires privés et renforce la confiance dans l’ensemble du système national de paiement tout en stimulant la concurrence dans les systèmes de paiement.
  • Protection de l’argent en tant que service public : les monnaies numériques émises par les banques centrales constitueraient une alternative moderne à l’argent physique – dont l’abolition est actuellement envisagée.
  • Préservation du revenu du seigneuriage : l’émission publique en monnaie numérique éviterait une réduction prévisible du revenu de seigneuriage pour les gouvernements en cas de disparition de l’argent physique.
  • Inclusion financière : les comptes d’argent sûr détenus par les banques centrales pourraient constituer un instrument fort d’inclusion financière, permettant à tout résident légal ou citoyen d’obtenir un compte bancaire de base gratuit ou à faible coût;
  • Efficacité technologique : au lieu de s’appuyer sur des intermédiaires tels que les banques et les chambres de compensation, les transferts d’argent et les paiements pourraient être effectués en temps réel, directement du payeur au bénéficiaire.
  • Concurrence bancaire : la mise à disposition de comptes bancaires gratuits à la banque centrale offrant une sécurité totale des dépôts d’argent pourrait renforcer la concurrence entre banques pour attirer les dépôts bancaires, par exemple en offrant à nouveau des dépôts à vue rémunérés.
  • Transmission de la politique monétaire : l’émission de monnaie de base par les transferts au public pourrait constituer un nouveau canal de transmission de la politique monétaire, qui permettrait un contrôle plus direct de la masse monétaire que des outils tels que l’assouplissement quantitatif et les taux d’intérêt, et éventuellement ouvrir la voie vers un système bancaire de réserve complet. [27]
  • Sécurité financière : La CBDC limiterait la pratique des banques à réserves fractionnées et rendrait potentiellement moins nécessaires les systèmes de garantie des dépôts ».

Aujourd’hui, nombreux sont les Etats à s’y intéresser.

En juin 2016, la banque centrale du Canada avait déjà annoncé travailler avec Payments Canada, R3 (un consortium de banque) et des banques canadiennes, sur une Digital Fiat Currency appelée CAD Coin. Et à la même époque, IBM et Stellar travaillaient également ensemble sur le sujet.

Sujet d’intérêt de l’Europe, mais aussi de la People’s Bank of China ou encore de la Banque d’Angleterre qui ont tout deux indiqué conduire des travaux sur les CBDC, une littérature scientifique se développe également depuis 5 ans.

Après l’annonce du Petro, une CBDC basée sur le pétrole, le président vénézuélien a ensuite fait allusion au « Petro Oro », une CBDC adossé à l’or.

En janvier 2018, un projet de loi a été proposé devant le parlement russe pour mettre en place un « Cryptorouble »,« un actif financier numérique (crypto-monnaie) – analogue au rouble, qui circulera sur le territoire de la Fédération de Russie, et sera protégé par des méthodes cryptographiques et utilisé par les participants dans un registre distribué de transactions numériques ». Même annonce de la part de la banque centrale d’Indonésie ou encore d’Israël.

La Suède, l’Estonie et même la Suisse semblent également s’y intéresser.

Alors bien sûr, il faut faire le tri entre les effets d’annonces et la réalité des choses. A ce jour, ni une banque centrale ni un Etat n’a véritablement mis en place un crypto-actif. Faut-il y voir une course à celui qui pourra l’annoncer le premier ?

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