Living things : Internet des objets et blockchain

Dans le cadre du think-tank Living Things, Cap Digital Paris Région et Systematic ont organisé mardi 10 juillet 2018 à Telecom Paris une conférence intitulée « Traçabilité, sécurité, collaboration : ce que peut la blockchain pour l’Internet of things »

En introduction, Sara Tucci-Piergiovanni, Head of Laboratory au CEA LIST a partagé la perspective de la R&D sur les interactions entre les deux domaines en proposant un double point de vue : d’une part l’utilisation de l’IoT au service des applications construites sur la blockchain et d’autre part ce que peut apporter la blockchain à l’IoT.

Sur le premier point, l’usage principal est autour de la donnée générée par les capteurs pour leur enregistrement de manière immutable ou leur utilisation en tant qu’oracle en entrée de smart contracts dans des industries aussi variées que la finance, l’assurance, l’agro-alimentaire ou l’énergie ; fonctions que l’on peut apparenter à du notariat.

Sur le second aspect, avec un degré croissant de complexité de mise en œuvre de la blockchain, celle-ci peut être utilisée depuis la sécurisation et la gestion d’accès des objets jusqu’à devenir l’épine dorsale d’une véritable économie autonome de machines (par exemple achat/revente d’énergie en fonction des cours) en passant par une utilisation des aspects décentralisés pour minimiser les échanges entre objets et cloud ainsi que les micro-paiements (voiture électrique et chargeur autonome).

En préambule, Sara Tucci-Piergiovanni a mis en garde contre le risque de considérer la blockchain comme une technologie miracle permettant de régler, pour les projets IoT, les problèmes de scalabilité, de prévention des attaques et de notarisation des données.

En effet, la blockchain en est encore à ses débuts et il ne s’agit pas de déporter les goulots d’étranglements des projets IoT sur la blockchain. En s’appuyant sur les limites récemment formalisées dans une publication [Slepak and Petrova. The DCS theorem, 2018] qui stipule que des systèmes décentralisés de type blockchain ne peuvent présenter simultanément que deux propriétés sur les trois que sont la décentralisation, le consistance et la scalabilité, la suite de la présentation a passé en revue les différentes solutions en cours d’élaboration pour établir le compromis idéal.

En conclusion de cet exposé, Sara Tucci-Piergiovanni a mis en avant qu’une solution universelle n’existe pas mais doit être construite suivant les règles classiques d’ingénierie que sont : organiser l’architecture, qualifier et auditer les données et trouver un compromis acceptable. Différents projets menés avec ont servis d’illustration à ce propos. La seule véritable nouveauté dans l’approche est la nécessité d’avoir une conception de l’économie des protocoles pour rentrer dans l’ère de l’économie des machines.

Une table ronde animée par Xavier Lavayssière, fondateur d’ECAN sur le thème « L’IoT au service de la Blockchain ou la blokchain au service de l’IoT » a ensuite réuni Emmanuel Moyrand, Président et co-fondateur de Monuma, Philippe Nguyen, Directeur technique de SECURE IC, Nicolas Bacca, CTO de Ledger et Sara Tucci-Piergiovanni.

Après une rapide présentation des activités des différents intervenants, la question de la gestion des données a été posée et Philippe Nguyen a mis en avant le fait que de nombreux développements en Asie ne prennent pas en compte la gestion de la vie privée ; Nicolas Bacca, quant à lui, a souligné que gestion de l’identité et blockchain ne constituent sans doute pas le cas d’usage idéal. D’un point de vue sécurité des objets, Philippe Nguyen et Nicolas Bacca se sont accordés à dire que les systèmes embarqués présentent des surfaces d’attaque, de par leur accessibilité physique, remettant au gout du jour des attaques de type canal auxiliaire (étude de la consommation électrique comportement sur faute induite…). Ce type de risques favorise donc les solutions à base de secure elements de type carte à puce ou enclave. Cependant, l’un des principaux enjeux de l’IoT étant la consommation énergétique, Philippe Nguyen souligne la nécessité de faire émerger un ou des algorithmes cryptographiques moins énergivores, domaine sur lequel le CEA LIST se penche.

La conclusion a été faite par Sara Tucci-Piergiovanni qui après avoir souligné la difficulté d’un point de vue scientifique à débattre d’un sujet (la blockchain) sur lequel les définitions ne sont pas communément agréées (public/privée, consensus, économie, etc.) a rappelé que la blockchain n’empêchera pas les fraudes car ce n’est pas un détecteur de mensonges mais elle peut permettre de mettre en avant des acteurs qui exercent consciencieusement leur activité avec des initiatives telles que Connecting Food.

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