Atos & Acta : Blockchain et agriculture

Atos est l’une des plus grandes entreprises de services du numérique (ESN) au niveau mondial, se classant à la huitième place avec un chiffre d’affaires annuel de près de 12 milliards d’euros en 2016 et environ 100 000 employés répartis dans 72 pays. Le groupe, leader européen du Cloud, de la cybersécurité et du supercalcul ainsi que du paiement sécurisé en ligne pour les entreprises via sa filiale Worldline, est coté au CAC 40. (Source, wikipedia).

Quant à Acta – c’est un réseau de 15 instituts techniques agricoles qualifiés. L’Acta offre des outils professionnels de recherche appliquée et de transfert technologique au service des filières agricoles. Le réseau dispose d’une forte présence sur le territoire national avec plus de 180 implantations en région, animé par 1800 collaborateurs, ingénieurs et techniciens avec un budget de 178 millions d’euros en 2016 dédiés à la recherche agricole appliquée (Source – Acta).

Atos et Acta se sont associés pour explorer les potentialités de la blockchain dans le monde agricole.
Ils ont produit un livre blanc intitulé “La Blockchain dans le monde agricole, quels usages pour quels bénéfices ?, vers une agriculture de confiance” construit sous la forme d’interviews de personnalités du monde agricole et du monde numérique.
Le livre blanc expose également quatre projets concrets au sein des filières agro-alimentaires françaises, en s’intéressant aux smart contract, à la question du consentement et du partage de données, à la notion de standard de traçabilité et aux questions liée à la gouvernance qu’implique le déploiement d’une blockchain.
Y figure également l’interview de Sébastien Windsor, Président de l’Acta – les instituts techniques agricoles et Steve Péguet, Directeur de l’innovation d’Atos France :

Quels sont les enjeux actuels du monde agricole français ?

S.W. : Nos agriculteurs ont deux préoccupations majeures : d’une part, la performance économique et la compétitivité des exploitations, et d’autre part, les attentes croissantes de la société, qui dépassent parfois leur capacité d’adaptation. Concilier ces deux exigences dans une production de valeur et de qualité passera par davantage de technicité, et non par un illusoire retour en arrière. À ce titre, le numérique tient une place essentielle car il permet d’optimiser les pratiques tout en limitant les coûts.

S.P. : Parmi les priorités, j’ajouterais la nécessité de renforcer la confiance au sein de filières et jusqu’au client final, car la confiance est créatrice de valeur. Elle s’exprime dans la qualité des produits, leur salubrité, leur origine, le respect de l’environnement… autant d’attentes exprimées par le consommateur. L’agriculture du futur ne sera pas seulement une agriculture connectée ou de précision, mais aussi une agriculture de confiance.
En quoi la blockchain constitue-t-elle une réponse à ces défis ?

S.W. : Grâce à l’analyse toujours plus poussée des données, les pratiques culturales de demain se feront plus précises et plus prédictives. La maîtrise des données sera donc un enjeu fondamental mais conserver jalousement les siennes serait pour les agriculteurs se priver de solutions indispensables à leur avenir. Ce qu’il faut, c’est trouver des modes de partage qui préservent leurs intérêts et leur liberté. Le système agricole français s’est construit autour d’agriculteurs entrepreneurs, à la fois très autonomes et très compétents. Pour préserver cette particularité qui fait notre richesse, il faut s’assurer que l’exploitant puisse échanger des données facilement, en toute sécurité, sans en perdre la propriété ni le contrôle. Dans ce contexte, la blockchain, qui garantit la traçabilité, l’intégrité et l’utilisation des données, apparaît comme un outil incontournable aux acteurs qui le souhaitent.

S.P. : Par son principe même, la blockchain établit une confiance mutuelle entre de multiples acteurs, sans qu’ils aient besoin de s’en remettre à un intermédiaire centralisateur. L’information transmise est certifiée d’étape en étape dans un système probant multi-acteurs, du champ au panier du consommateur. À cela, Atos ajoute une gouvernance des données qui permet à chaque membre de conserver son autonomie et de choisir avec qui il partage : lui-même, de futurs auditeurs, ses partenaires ou tout le monde.

Le secteur est-il prêt pour cette technologie ?

S.P. : Le modèle américain, avec ses immenses exploitations et ses filières très intégrées, se prête au développement d’innovations très tournées vers les économies d’échelle et le rendement. En revanche, la blockchain est beaucoup plus adaptée au modèle français, à la fois très fragmenté et très structuré. La blockchain permet de fédérer les acteurs au sein d’un écosystème qui valorise leurs savoir-faire respectifs.

S.W. : La blockchain, et le numérique en général, suscitent des craintes légitimes car ils augurent de changements importants. Mais les agriculteurs ont déjà constaté les apports de l’informatique et ils ont des attentes très fortes, à condition que les solutions proposées leur simplifient réellement la vie. Les filières sont impatientes de se saisir de cette technologie dont elles pressentent tout le potentiel.

Quel est le rôle de l’Acta dans cette mutation ?

S.W. : L’ensemble des instituts techniques agricoles (ITA) développe des outils qui facilitent la circulation des données comme la plateforme API-AGRO. Aujourd’hui, API-AGRO n’est pas portée par un acteur aux visées hégémoniques mais par un collectif regroupant acteurs privés et publics de manière à préserver l’intérêt des exploitants. D’ailleurs, sa gouvernance est distribuée, à l’image de ce que permet la blockchain. S’appuyer sur des spécialistes comme Atos permet d’amplifier les compétences des instituts techniques sur les sujets de pointe comme la blockchain et d’accélérer l’innovation.

S.P. : L’industrie s’est toujours emparée la première des grandes mutations technologiques mais, avec le digital, l’agriculture a une chance historique de prendre les devants. Notre volonté est qu’Atos et l’Acta œuvrent en partenariat pour aider le monde agricole à saisir cette opportunité et à inventer une Agriculture 4.0 qui soit aussi bénéfique pour les agriculteurs que pour les consommateurs.

Télécharger le livre blanc (PDF) : La Blockchain dans le monde agricole, quels usages pour quels bénéfices ?, vers une agriculture de confiance. 

1 COMMENTAIRE

  1. Et l’environnement dans tout ça ? À part vouloir monopoliser la gestion des échanges dans ce monde pro-technologique, comment pense-t-il améliorer la gestion des ressources naturelles ? Comment contribuent-ils à favoriser le développement durable ?
    Les attentes des consommateurs (car ceux sont eux qui sont concernés au final) sont-elles prises en « compte » ?
    L’Agriculture n’est pas une industrie ! Considérer la sobriété comme « un illusoire retour en arrière » démontre un dénigrement total de considération écologique.
    En tant que consommateur et futur producteur, je peux vous affirmer que la Confiance naît des échanges directs entre paysans et clients de proximité. Il y a un fossé entre leurs ambitions technico-industrielles à vocations purement commerciales, et la demande majoritaire des ménages à une agriculture raisonnée et raisonnable.
    Un bénéfice que peut apporter la blockchain à mes yeux, la traçabilité, succinctement précisée dans le WP : savoir par où est passé tel légume, céréale ou jambon, quel traitement il a subi, le nombre de kilomètres qu’il a parcouru (en résultera une empreinte carbone quantifiable) et une parfaite transparence aux yeux des utilisateurs (transformateurs, distributeurs,…) et des consommateurs. Ceux qui ne veulent pas partager leurs données (souvent ceux qui ont le plus à se reprocher) ne séviront plus dans le parcours des aliments. Mais avant d’en arriver là, il faudra de véritables réformes institutionnelles pour intégrer la blockchain comme modèle. Vu la qualité des décideurs dans notre beau pays, vu l’état désastreux des sols et des mentalités suite à des décennies de lobbyings pétro-chimio-hégémoniques, vu la mondialisations des échanges alimentaires imposée comme le TAFTA, (« multiplication des flux, des pays et des produits concernés, renforcement des acteurs privés, segmentation des chaînes de valeur et importance des politiques publiques, accroissement des interdépendances, etc » cf : http://agriculture.gouv.fr/la-mondialisation-par-le-commerce-des-produits-alimentaires-tendances-structurelles-et-exploration)….
    Les enjeux cités ici ne reflètent qu’une bulle commerciales, complètement à l’opposé des véritables besoins et demandes du consommateur final.

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